Samedi 6 décembre 2008
6
06
/12
/2008
17:47
Je pense qu'il y en a eu peu d'échos en France, mais ici nous vivons une crise politique de première classe.
Pas évident de faire court et simple, mais je vais essayer de vous éclairer sur la situation, bien que certains tenants et aboutissants m'échappent encore. Par avance, désolé pour les
approximations.
Mi-ocotobre un nouveau gouvernement conservateur est élu, mais il est minoritaire.
La semaine dernière il présente son plan économique.
Sauf que... le nouveau budget comprend des mesures qui ne sont guère du goût de l'opposition. Je cite pêle-mêle : interdiction du droit de grève des fonctionnaires, difficultés accrues pour les
femmes à exiger un salaire équivalent à celui des hommes, réduction drastique des fonds aloués au financement des partis et, cerise sur le gâteau, aucune réelle mesure pour palier à la crise
économique. Un comble pour un gouvernement qui s'est, en partie, fait réélire sur la nécessité d'avoir un état fort pour agir dans cette période de forte trubulence.
Tout cela a déclenché l'ire de l'opposition.
D'abord en raison de la volonté du gouvernement de ne plus financer les autres partis politiques. C'est une loi qui a été instaurée ici pour éviter les petits soucis type fausse facture et
financement occulte. En vertu de quoi, l'état verse un montant d'argent au pro-rata des suffrages récoltés lors d'élection. Réduire ces subsides est donc particulièrement anti-démocratique,
même si l'apport du privé reste possible.
Ensuite c'est l'absence totale de mesures pour lutter contre la crise. De mon point de vue, chercher à réduire au maximum les dépenses de l'état est antinomique avec une crise majeure. A croire
qu'ils n'ont jamais entendu parler du New Deal.
L'opposition a donc décidé de former une coalition pour faire tomber l'actuel gouvernement et prendre le pouvoir.
C'est là que les choses deviennent cocasses.
Petit rappel "constitutionnel" :
- les partis en présence sont : les conservateurs (ultra-libéraux), les libéraux (centre et fédéralistes), le NPD (socialistes) et le Bloc.
- le Bloc a un statut à part car son seul but est de défendre les intérêts du Québec (l'indépendance). Seuls les Québécois peuvent voter pour lui et non les autres Canadiens (mais il bénéficie
des subsides de l'état au même titre que les autres, ce qui n'est pas sans créer quelques grincements de dents).
- le chef du gouvernement est le premier ministre, mais le chef de l'état est la gouverneur générale, nommée par le premier ministre et représentante officielle de la Reine.
- le gouvernement est obligé de faire voter certaines mesures (comme le budget), ce qui peut s'avérer compliqué quand on est minoritaire à la chambre des députés.
Et justement l'opposition est 1/ pas d'accord avec les mesures proposées par le gouvernement, 2/ d'accord pour s'associer et prendre le pouvoir.
Donc c'est panique à bord chez les conservateurs.
Devant la défiance du parlement, le gouvernement a un nombre d'options limitées :
- demander à la gouverneure générale la dissolution de la chambre et provoquer de nouvelles élections, 1 moi et demi après les précédentes.
- demander à la gouverneure de suspendre la session parlementaire jusqu'en janvier, le temps pour le gouvernement de mettre sur pied un nouveau plan d'action susceptible d'être accepté par
l'opposition. Et officieusement espérer que l'opposition éclatera d'ici là.
Mais la gouverneure générale (dont le rôle depuis des décennies était essentiellement protocolaire) peut aussi décider de refuser ces 2 options (les élections ça coûte des sous) et d'accepter la
proposition de l'opposition de former une colalition pour prendre le pouvoir, si elle estime que c'est pour le bien du pays...
Accrochez-vous au pinceau, je retire l'échelle : la partie burlesque n'est pas terminée.
D'abord, le chef de l'opposition est le représentant des libéraux, celui qui a réuni le plus de suffrages derrière les conservateurs. Ce serait comme si Ségolène qui vient de perdre les
présidentielles et la direction du PS se retrouvait à la tête du gouvernement... Revenons à notre chef libéral. Ayant perdu (de façon nettement marquée), son parti veut le foutre à la
porte (c'est comme ça ici, quand tu perds les élections tu perds aussi ta place. Ce qui favorise l'émergence de nouvelles têtes contrairement à nos éléphants). Donc la coalition est menée par un
gars qui va gicler quand son successeur sera nommé, dans les prochains mois.
Ensuite, et c'est là que ça devient vraiment savoureux, pour tenir, la coalition a besoin de l'appui du Bloc. En clair, pour prendre le pouvoir fédéral elle a besoin du soutien des
indépendantistes. Même si je respecte les appartenances politiques des uns et des autres, je suis abasourdi par les contorsions politiques des acteurs de la tragi-comédie qui se déroule sous nos
yeux.
Je ne vais pas faire durer le suspense : la gouverneure a décidé de proroger la session parlementaire.
Ce qui est discutable car c'est une mesure qui ne devrait être prise que si le pays est en danger. Or le pays n'est pas en danger, c'est seulement le gouvernement en place qui s'accroche
pour ne pas se faire renverser.
Ceci dit, donner le pouvoir à la coalition, qui n'a pas été élue et qui promeut un programme sur lequel aucun électeur ne s'est prononcé, est certes constitutionnel mais guère démocratique de mon
point de vue. Disons que c'est le charme des régimes parlementaires.
Le Canada est donc officiellement sans gouvernement jusque fin janvier !
Et rien ne peut se passer ni se décider pendant ce temps-là. Ce qui est purement suréaliste vu la conjoncture.
Les prochaines semaines vont être amusantes pour plein de raisons.
Les conservateurs vont tenter de sortir de leur chapeau tout un tas de mesures pour calmer l'opposition.
L'opposition a l'air décidé d'aller jusqu'au bout et donc de faire tomber le gouvernement en janvier.
Le chef de l'opposition va sans doute se faire remplacer vite fait pendant les fêtes.
Il y aura peut-être de nouvelles élections en janvier.
Le Québec finira peut-être par avoir son indépendance.
Que sais-je ?
J'oubliais, il y a aussi des élections provinciales au Québec, scrutin lundi. Vu le contexte fédéral, tout le monde semble s'en foutre.