Dans les discussions avec les uns et les autres, la question qui revient souvent est relative à l’accent. Disons que, en général, les gens nous demandent de façon plus ou moins candide et détournée : « alors comment vous faites avec leur accent débile » ? A franchement parler (voilà une tournure de circonstance) ce n’est pas gênant. D’abord cette remarque fait très « parigot tête de veau ». Il y a plein de gens qui parlent le français avec un accent. Les Belges, les Suisses, les Ivoiriens… mais aussi les Marseillais, les Bordelais ou les Lillois. Est-ce que l’accent québécois est pire ? Je réponds par une autre question : Pourquoi le serait-il ?
En tout cas cette question lancinante est symptomatique de l’ethnocentrisme parisien qui devrait un peu plus s’ouvrir sur les autres. C’est un peu comme quand, au JT, on met des sous-titres lors d’interview avec des gens du fin fond de nulle part. Pas classe.
Si à Montréal l’accent est fort (ils ont tendance à mettre des « â » partout c’est beaucoup moins le cas à Québec. Bref ce n’est pas figé.
D’autant que maintenant c’est nous qui avons l’accent car… les immigrés c’est nous. Alors il serait malvenu de notre part de reprocher aux locaux leur façon de parler. Ça s’appelle l’arrogance et c’est mal perçu.
Ce qui est plus difficile ce sont les expressions ou les changements de vocabulaire. C’est le temps qui nous aidera. À ce moment du récit je sens que vous brûlez de vous en mettre quelque unes sous la dent. Dont acte.
On ne dit pas :
blaireau mais moufette,
tong mais gougoune,
slip mais bobette,
aspirateur mais nettoyeuse,
tomber amoureux mais tomber en amour,
faire une ballade mais prendre une marche,
petit déjeuner mais déjeuner
déjeuner mais dîner,
dîner mais souper,
pas du tout mais pantoute,
c’est nul mais c’est platte,
un taille crayon mais un aiguisoir,
un bonnet mais une tuque,
un boulot mais une job,
un vélo mais un bécyque (bicycle),
ma copine mais ma blonde,
l’arabe du coin mais le dépanneur (nettement plus adéquat),
se mettre sur son 31 mais se mettre sur son 36,
peindre mais peinturer,
draguer mais crouser,
tailler la route mais sacrer son camp,
putain de bordel de merde mais estie de saint ciboire de tabarnaque (je crois)
Cette liste n’est bien évidemment pas exhaustive, c’était juste pour la déconne.
Ce n’est pas là que le bât blesse. C’est au niveau des anglicismes. Nos amis québécois nous reprochent, non sans raison, notre fâcheuse tendance à utiliser des anglicismes au lieu de faire l’effort d’une traduction.
On ne dit pas :
parking mais stationnement,
building mais édifice,
shopping mais magasinage,
sponsoring mais commandite,
cookie mais biscuit,
etc.
Sauf que c’est là un raccourci facile.
D’abord parce ce n’est pas nous rendre justice : quand un nouveau mot apparaît en anglais dans la langue française c’est généralement parce qu’il est issu d’une discipline anglo-saxonne et que nous n’avons pas encore trouvé de traduction. Bien sûr le français est truffé de mots qui n’ont jamais été traduits mais l’inverse est aussi vrai. A titre d’exemple les gens disent peu software mais préfèrent logiciel. Même dans les sports (un domaine de traduction particulièrement difficile) on peut entendre des arbitres de tennis parler non plus de tie break mais de jeu décisif, ce qui –à mes yeux- est beaucoup plus parlant que bris d’égalité (traduction littérale employée ici bas).
Néanmoins je concède que nous pourrions faire plus d’effort et mieux parler et que lâcher des mots anglais ici ou là reste « branché ».
Ensuite parce que ce n’est pas voir l’arbre qui cache la forêt. Ni le français français ni le français québécois ne sont parfaits. Surtout ils évoluent. Mais le plus important à mes yeux est que maîtriser sa langue c’est aussi maîtriser des capacités de réflexion. Le mot et la pensée sont liées : si vous n’avez pas de vocabulaire pour exprimer un raisonnement, votre façon de penser, d’analyser, de discourir en sera d’autant réduite (démonstration dans « 1984 » de Georges Orwell). Bien sûr il n’est pas toujours nécessaire d’avoir des mots pour exprimer une pensée (la peur ou l’amour n’ont pas besoin de longs discours), sauf si on veut aller au-delà du simple ressenti.
Et c’est bien ce qui me tracasse avec le québécois. Les études récentes montrent que la population québécoise maîtrise mal le français et l’anglais. Et les anglicismes y sont légion ! Dans la syntaxe et la grammaire. J’ai entendu « … à l’année longue » au lieu de « … toute l’année » par exemple. Au niveau du vocabulaire c’est parfois pire que de la traduction littérale, c’est plus simplement de la francisation de mots anglais. Comme : Baquer (donner son appui, son accord – to back), Bosser (se comporter comme si on était le patron), Canceller (annuler – to cancel)), Une cédule (un horaire – a schedule), Être djammé (coincé – traffic jam), badloqué (malchanceux – bad luck), Kiquer (donner un coup de pied), ouatcher (garder à l'œil – to watch), Ploguer (brancher – to plug), Rusher (se dépêcher, faire à la hâte), Vedger (paresser, végéter), l'élévateur (ascenseur), le flat (crevaison), le beurre de pinottes (d'arachides)…
Détail croustillant, le beurre de pinotte, se dit aussi parfois de façon abrégée : beurre de pine. J’aime beaucoup.
Tout ça pour dire que c’est effarant le nombre de fautes d’orthographe qu’on voit, dans les pubs, les menus, les panneaux et même les journaux.
Le blanc et le rouge sont les couleurs officielles du pays, tout comme la feuille d'érable en est le symbole.
Sur la symbolique les informations sont plus précises. La croix blanche représente une nation catholique, le bleu est la marque de l'autorité française et les fleur de lys symbolisent la monarchie (française en l'occurence).